Napoléon Bonaparte et le siège de Toulon
L'avènement d’un futur empereur  

Mme Pauline GENESSAY

 


    C’est durant le siège de Toulon, en 1793, que le jeune capitaine qu’est Napoléon va réellement s’illustrer et révéler ses capacités de stratège à ses supérieurs. Cet article, explique l’exploit réalisé par cet homme lors de la confrontation qui opposa les troupes révolutionnaires françaises à la coalition angloespagnole, soutenue par les royalistes insurgés français. Le siège de Toulon dévoila ainsi les prémices d’un génie militaire et futur empereur.  

Napoléon 


    Homme d’Etat et stratège, Napoléon a su imposer une vision globale sur les champs de bataille, qui marqueront des générations de tacticiens. Il fait preuve d'un sens de l'anticipation et d’une rapidité d'exécution qui donnera à ses campagnes des succès marquants, à l’image de la bataille d’Austerlitz (1805). La stratégie guerrière de Napoléon se veut davantage offensive que défensive, levant une armée massive, concentrant les moyens, et accordant une place centrale aux manœuvres. Ses ennemis, souvent habitués à des guerres statiques et frontales, se retrouvent généralement en déroute face à la mobilité des troupes françaises.

    Cette nouvelle doctrine de combat est notamment permise par les réformes militaires instaurées par la Révolution française, qui ont créé l’échelon divisionnaire, ce qui facilite à haut niveau, la coordination des efforts. 

    Napoléon a acquis de l’expérience au combat tout au long de sa carrière militaire, ce qui a fait de lui un des plus grands stratèges militaires de son temps, encore étudié aujourd’hui dans les écoles d’officiers. Issu d’une formation d’artilleur, il intègre le régiment d’artillerie de la Fère en 1785, année durant laquelle son père décède. Jusqu’en 1793, il a une situation instable et vacille entre la France et la Corse, sa terre natale, où il mènera divers combats comme celui qui l’opposa au camp des Paoli. Allié aux thèses Jacobines à cette époque, le jeune lieutenant est un fervent défenseur des partisans de la Révolution française et sera entre-autres employé afin de réprimer l’insurrection royaliste du midi (Avignon, Nîmes, Marseille, etc.).   

 

Le siège de Toulon : les débuts d’un génie militaire 


    Après avoir maté les insurrections d’Avignon et de Marseille, Napoléon Bonaparte est envoyé à Toulon, là où de nombreux royalistes, encore présents dans la flotte de guerre, se révoltent et proclament Louis XVII roi de France. Ces derniers font appel aux flottes anglaises et espagnoles afin de combattre les Révolutionnaires français. Le 28 août 1793, les premiers soldats de la coalition anglo-espagnole débarquent dans la rade de Toulon avec quelques 17.000 hommes. Le jour suivant, les avant-gardes françaises, composés de 12.000 soldats, encerclent le port tenu par les coalisés menés par l’amiral Hood. Les rangs des différentes armées se renforceront de part et d’autre jusqu’à atteindre respectivement 22.000 et 32.000 hommes. Soutenu par ses amis politiques, Napoléon est imposé à Jean-François Carteaux, Général français en charge su siège de Toulon, comme capitaine de l’artillerie divisionnaire. 

    Dès sa nomination, Bonaparte engage une reconnaissance détaillée des positions entourant la rade de Toulon. Les renseignements obtenus lui permettent d’établir une stratégie différente d’un siège méthodique d’une ville. Napoléon donne la priorité à la prise de la colline du Caire, point haut dominant la petite et la grande rade de Toulon, ce qui lui permettrait de faire feu sur les bateaux de la coalition et donc d’interdire tout ravitaillement. Face à l’originalité de ce plan, le général Carteaux se montre réticent et n’alloue que peu de moyens à celui qu’il baptise « le capitaine canon ». Ceci empêchera Napoléon de mener à bien son offensive sur la colline du Caire. Preuve que ce dernier avait vu juste, les coalisés prennent conscience de l’importance stratégique de ce point culminant et le fortifient solidement. 

    Suite à cet échec, Bonaparte double sa batterie installée sur les hauteurs autour de la rade et arrive à y empêcher l’accès à la partie Ouest. Après le limogeage de Jean-François Carteaux en Novembre, le général Dugommier, arrivant des Antilles, prend le commandement de l’armée devant Toulon. Il apprécie l’audace de Napoléon et organise avec lui la prise de la colline du Caire. Une stratégie bien rodée leur permet de prendre possession des fortifications et de capturer le général britannique O’hara qui avait pris la tête de la coalition en tant que gouverneur de la ville. Suite à cette offensive, « le capitaine canon » est promu colonel, et après concertation avec Dugommier, les troupes françaises lancent un assaut général dans la nuit du 16 au 17 Décembre, sur les dernières positions fortifiées. Après plusieurs jours de préparation d’artillerie, l’ordre est donné : le corps à corps durera toute la nuit. Napoléon, frôlé de peu par un boulet de canon, est blessé à la cuisse par un sergent britannique, mais la victoire est totale. Sans défenses extérieures, les Anglais et les Espagnols évacuent Toulon en détruisant la flotte française royaliste qui les avait accueillis, en amis, quatre mois plus tôt. 

    Au total, 2 000 français républicains périrent contre 4 000 dans le camp de la coalition. L’artillerie a joué un rôle décisif dans l’issue du siège, par ses feux, par sa manœuvre mais aussi par sa force de dissuasion. Elle poussa les Britanniques à évacuer de nombreuses fortifications, sans résistance, suite à la capture de leur chef. Subséquemment à cette victoire, Napoléon est promu au rang de général de brigade.

 

Elévation au rang politique  

    Le siège de Toulon a vu naître le mythe d’un officier hors normes, passé en quatre mois du grade de capitaine à celui de général, le 24 décembre 1793, à l’âge de 24 ans. Artilleur de formation, précis et tacticien, Napoléon impose son style de commandement lors de cette opération militaire. Il s’appuie sur l’esprit de cohésion de ses troupes dont il tire un patriotisme et une loyauté inébranlable. Pour preuve, lors d’un discours pour la création d’une de ses batteries, nommée des « Hommes sans peur », il proclame : « Je vais créer la batterie des hommes sans peur, il me faut des hommes, des vrais, avec des c.... Je ne leur demanderai jamais d’aller prendre une position ennemie, mais je tiens à ce qu’ils me suivent sur cette position. Si vous êtes de ces hommes-là, levez la main ». Tous s’exécutent en levant la main et le portent en triomphe. Brillant militaire et homme politique, Napoléon Bonaparte a révélé son potentiel aux yeux de la Première République lors du siège de Toulon. Il s’est démarqué, lui permettant d’acquérir la confiance de ses supérieurs et alliés, et ainsi de se faire une place dans le paysage politique français de l’époque. Cet évènement donnât le point de départ d’une longue route vers le titre d’empereur de la France des 134 départements. 

 

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Bibliographie

  • Napoléon, Le conquérant, le législateur, le mythe – Ils ont fait la France – collection dirigée par Max Gallo - LE SIÈGE DE TOULON (SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 1793) 
  • L’Histoire par image (https://histoire-image.org/) 
  • Napoléon face à la Contre-Révolution, le siège de Toulon (1793) - Napoléon & Empire (https://www.napoleon-empire.net/) 
  • 1793 La bataille de Toulon - 7 septembre au 19 décembre 1793 – Base documentaire artillerie (https://artillerie.asso.fr/)

 

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