Présentation des capacités de l'armée de Terre 2021  

Mme Anna GUEYE

le 22/11/2021

Introduction 


    Après une première présentation des capacités de l’armée de Terre en 2020 axée sur « Une armée de Terre intégrative pour un engagement de haute intensité », l’armée de Terre est revenue le 7 octobre dernier avec une nouvelle édition centrée sur le concept d’emploi des forces terrestres, réunissant de nouveau maires, autorités militaires et étrangères ainsi que les jeunes de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN) sur le plateau de Versailles Satory. Lors de cette nouvelle édition, le nouveau chef d’état-major de l’armée de terre (CEMAT), le général d’armée (GA) Pierre Schill a fait une présentation des différents défis auxquels l’armée de terre sera confrontée dans les années futures, s’inscrivant ainsi dans la même perspective que celle de l’ancien CEMAT, le général d’armée Thierry Burkhard, nouvellement nommé chef d’état-major des armées (CEMA). 

    Le CEMAT a présenté les principaux enjeux de l’environnement stratégique dans lequel le soldat sera immergé, les différentes modernisations d’équipements au vu des engagements aéroterrestres contemporains, ainsi que des questions structurantes comme la place des alliés et des effets dans les nouveaux espaces, l’importance de la manœuvre interalliée et la simplification de l’organisation des Task Force.  

    La PCAT, disponible à ce jour sur YouTube, mélange prises de parole, présentation dynamique et interventions de journalistes du service d'informations et de relations publiques des armées (SIRPA) Terre, d’analystes et de militaires en situation de combat. 
 

I. La modernisation de l’armée de Terre


    Depuis la loi du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire 2019-2025, l’armée de Terre poursuit sa transformation. Dans un contexte où les dépenses mondiales d’armement grimpent à 2 000 milliards de dollars, l’armée de Terre doit être prête à s’adapter. Elle souhaite ainsi parer à toutes éventualités au vu des différents théâtres de conflictualités. Sa modernisation passe ainsi au niveau des combattants par la dotation de treillis félin de nouvelle génération (F3) et la diffusion du fusil d’assaut HK 416 destiné à remplacer le FAMAS.

    Au sein du champ technologique, l’armée de Terre entend renforcer la robotisation et son emploi dans le combat aéroterrestre à l’horizon 2030-2040 grâce au projet Vulcain, avec le concours de la direction générale de l’Armement (DGA), des ministères et des industriels français. L’objectif est l’apport de systèmes opérationnels aux opérations militaires, la formation de nouveaux systèmes autonomes, mais surtout l’amélioration de la synergie entre les hommes et les machines par la proposition de solutions innovantes dans des espaces réels et virtuels. 

    La modernisation de l’armée de Terre passe également par la transformation des écoles de combat telles que l’école du combat interarmes. Comme l’évoque un officier, les écoles de combat fédèrent sous un commandement unique les écoles de formation et les centres d’entrainement. 

    Dans le cadre du déploiement du programme SCORPION, le commandement divisionnaire agit en tous les cas en incubateur pour réaliser cette transformation au profit des forces terrestres, et en intégrateur de capacités en mettant à disposition des espaces d’entrainement. Ceux-ci bénéficient de méthodes rénovées pour que les diverses fonctions opérationnelles et de commandement spécialisés puissent se préparer à combiner les effets en cas de soucis majeurs.  

 

II. Les différents champs de conflictualité 


    Le CEMAT, lors de son allocution, a également insisté sur le fait que le monde est de plus en plus en proie aux conflictualités. Il décrit ainsi les récents heurts entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie comme étant le deuxième conflit de haute intensité le plus important depuis 2014. Il mentionne également les affrontements entre Israéliens et Palestiniens, ou encore la reprise des Talibans de l’Afghanistan cet été, illustrant les conflits entre acteurs étatiques ou non-étatiques. De nombreux groupes paramilitaires de certains pays africains illustrent également la compétition qui se livre en dessous des seuils d’affrontement. 

    Ces différentes évolutions déséquilibrent le système international et ainsi la place des alliés de la France. Comme le souligne le CEMAT : « [l]’enjeu est de contrôler l’escalade et de dissuader la montée vers la contestation et surtout vers l’affrontement. La capacité à agir avec efficacité et crédibilité dans cette phase de compétition est déterminante pour gagner la guerre avant la guerre. La compétition accrue entre Etats est une réalité, il s’agit donc d’envisager la compétition d’une même échelle continue de la compétition à la guerre. L’hypothèse la plus dangereuse est celle d’un enjeu majeur. Il y’a également un risque d’instrumentalisation des conflits périphériques avec de nombreux pays contestent la position de certaines entités. Les Etats veulent créer des conditions de faits acquis ou de contournement, ils usent de procédés d’influence ou de duperie des options, ils mènent des offensives couvertes y compris cyber. Les armées doivent apporter des solutions dans ces zones grises au caractère de plus en plus hybride. »

    A ce titre, le CEMAT indique que : « La perspective d’un enjeu majeur ne peut être engagée que dans le cadre d’une alliance ou d’une coalition. Pour exercer ses possibilités la France a pour ambition de jouer le rôle d’une nation-cadre au sein d’une coalition. Pour ce faire, l’interopérabilité opérationnelle et technique est essentielle ». La Task Force Takuba, la mission Lynx en Estonie ainsi que le projet CAMO franco-belge en sont des illustrations.  

    Enfin, la défense de la cité est exercée par la mission Sentinelle qui déploie chaque jour 7 000 soldats, ou bien encore par la mission Résilience lors de la période la plus sévère de la COVID-19. 

 

III. Le renseignement  

    Les capacités de l’armée de terre ont été aussi l’occasion de faire un point sur l’état actuel du renseignement, servant à l’analyse d’informations et la prise de décisions face aux menaces, et opéré par le commandement du renseignement (COMRENS). A cet effet, le général de division Barrau, commandant du renseignement des forces terrestres, a fait une présentation du renseignement qu’il définit comme l’analyse d’une somme d’information pour juger d’une situation et prendre une décision. 

    Le COMRENS a deux composantes : l’une est projetable et incarnée par le groupe de renseignement multicapteurs (GRM), le 2e régiment de hussard, le 44e et 54e régiment de transmissions, le 28e groupe géographique, le 61e régiment d’artillerie et la 785e compagnie de guerre électronique. L’autre composante est quant à elle incarnée par les centres spécialisés tels que le centre de renseignement Terre (CRT), le centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE ), l’école du renseignement de l’armée de Terre de Saumur et le centre de formation initiale des militaires du rang de Bitche (CFIM) dans ce qu’il nomme « la manœuvre des centres ». D’après le général, il s’agit de coordonner et de mettre en synergie l’ensemble de ses centres spécialisés pour coller aux besoins du centre de renseignement Terre (CRT) composé du centre interarmées des actions sur l’Environnement (CIAE), du centre géographique d’appui aux opérations (CGAO), du centre de guerre électronique (CGE) du groupement d’Exploitation Image (GEI). Le CRT chargé de la manœuvre des centres assume pleinement la coordination, l’évaluation, l’ajustement et la relance de la recherche du renseignement. Cependant, la décision finale doit être validée par l’Etat-major des armées. Le COMRENS a aussi pour rôle de renseigner les cellules renseignement des divisions du corps d’armée et des brigades interarmes par des experts du monde de l’exploitation qui couvrent l’ensemble du champ de bataille.   

    L’armée de Terre n’est évidemment pas la seule à œuvrer dans le domaine du renseignement : l’armée de l’air et de l’espace offre par exemple des capacités de renseignement de portée stratégique couplée à une véritable force de frappe. Les frappes s’intègrent alors dans la manœuvre aéroterrestre dans la mesure où elles contribuent à impacter l’adversaire dans la profondeur.

 

Conclusion 

    Ainsi, le monde évolue et de nouveaux cycles de conflictualités plus violents et intenses s’annoncent. Cela s’explique notamment par un accroissement de la puissance militaire, l’évolution rapides des équipements et des capacités dans de nombreux pays, et un emploi de plus en plus prégnant de modes de guerre sous le seuil, à l’image des opérations dans le cyberespace. Pour répondre à ces menaces, le CEMAT a précisé que l’armée de Terre de demain se doit d’être endurcie, intégrative, puissante, résiliente et résistante face aux actions d’influence et aux chocs futurs. Elle doit se préparer aux conflits de haute intensité, tout en s’inscrivant dans l’interopérabilité avec les autres puissances alliées.

 

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